La vénérable Lüminiz semblait avoir quitté le littoral pour toujours
Elle avait salé les océans il y a bien longtemps
Du sel pour les banquets
Du sel pour nourrir le feu
Du grain pour les sages
De l'or blanc pour les marchands
Tout ça c'était fini
Fade sève et suave océan
Suave océan
Fade sève
Vinrent les colères de mon père
Les colères les colères
Tremblaient les frondaisons
Déracinaient les plantes
Les colères
Mon seul refuge alors était le trou de mon arbre
Autrefois rabougri par le sel et les embruns,
Il était devenu grand et feuillu et vert
Il était beau mon arbre, seul sur la falaise
Et puis
L'arbre ouvrit un chemin à travers ses racines
Mes larmes salées enflaient les entrailles du tronc
Blocs de sel
comme des caillots de sang dans une artère fatiguée
Mes sanglots filaient,
explosaient les racines
L'arbre avalait mes larmes
J'avalais sa sève
Je fondais dans ma propre mélancolie
Happée toute entière, mais bien vivante
Dans le flux des racines, mêlée à la sève,
Je m'écoulais au rythme de mon arbre
Les racines creusèrent gours, gouffres et gosiers dans les interstices de la falaise
Par magie une roche pareille à une gigantesque dent se forma et fractura la falaise
Gigantesque dent croqua le calcaire
Nous plongeâmes dans la mer
Elle et moi n'étions plus qu'une et unique.
Mon nouveau corps se mêlait à l'eau douce
Mon corps de sel
Juste avant de percer la surface de l'eau,
j'entendis les derniers mots de ma mère
Ses mots sa voix disparue autrefois avec la pluie
Lüminiz, ma fille chérie, tu peux dormir tranquille. Les enfants dans leur grande vertu ne connaissent peut-être rien, mais savent absolument tout