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On a rasé les tours, là où les gens rament,
Où la vie te brise, seuls les vrais la tâtent.
On a connu la dèche, les coups bas des faux frères,
La galère au quotidien, le RSA et la misère.
De là d’où j’viens, la hess résonne comme un cross,
On rêve de voir les puissants tomber sur le carreau.
On s’est toujours accrochés, poings serrés à la vie,
On a trimé sans fin depuis le premier cri.
Tous ces efforts pour les miens, le quartier gravé à vie.
J’efface mon numéro, la fumée trouble ma vue,
Le rap s’était éteint, je le ranime à l’imprévu.
Les matches en salle, les combines, le cash illégal,
Téléphones saisis en cellule, Pôle Emploi local.
Les flics patrouillent sans cesse, l’œil aux aguets,
Trafic discret et clandestin au fond du hallier.
Une cave étroite, un matelas, un préservatif usé,
L’amour n’a plus de prix dans ce monde brisé.
La banlieue française a pour seul cap la maison d’arrêt,
Une haine soudaine, un coup d’feu m’aurait trop tôt renvoyé.
Rien à gagner, rien à foutre,
Quand tu nais là où j’ai vu le jour,
Mentalité rien à foutre,
Même à bicrave dans toute la tour.
Mentalité rien à foutre,
Mon origine, plus rien à foutre,
Rien à perdre au tieks, rien à perdre à l’école,
Rien face au juge, frigo vide, rien à foutre,
Sans une chance, rien à gagner, rien à foutre.
Chaque clan garde son rang, hiérarchie de la tess,
J’ai du taga dans ma gourde, premier au sprint vitesse.
Le destin tourne sans fin, comme une roulette russe,
On s’consume petit à feu, comme un blunt qu’on use.
Même si la taule m’attend, je saisis le jackpot sans ruse.
On fait couler le sang sur l’sol face aux arrogants,
Derrière leurs écrans, les gens lâchent des commentaires indécents.
Ils connaissent pas la rue, ils jugent sans savoir nos peines,
La plupart des rappeurs du game n’ont aucune veine.
On part de zéro, la rage nous sert de carburant,
Interpellés en GAV, seuls les balances mangent en courant.
J’ai jamais versé une larme pendant les procès,
Dans mes songes, j’insulte la juge jusqu’à la faire céder.
Bienvenue dans ma ville, hall d’immeuble ou city-stade,
On n’est pas des gosses de riches, nés sous les arcades.
Aucune chance au grattage, on assume chaque conséquence,
On dépense nos maigres sous, vous gaspillez vos sentences.
Rien à gagner, rien à foutre,
Quand tu nais là où j’ai vu le jour,
Mentalité rien à foutre,
Même à bicrave dans toute la tour.
Mentalité rien à foutre,
Mon origine, plus rien à foutre,
Rien à perdre au tieks, rien à perdre à l’école,
Rien face au juge, frigo vide, rien à foutre,
Sans une chance, rien à gagner, rien à foutre.
Des tourments innombrables occupent sans cesse nos crânes,
Les insultes restent coincées, jamais bien loin de nos lèvres pâles.
Pour décrocher un taf, faut un physique de star,
Les galères s’enchaînent, seul objectif : remplir le bazar.
Camions, remorques, grosses caisses hantent nos rêves de fêtard.
Les bijoux clinquants, le matériel, jamais ne m’attachent,
Les hypocrites parlent d’oseille pour remplir leur tâche.
Même les rageux en secret affichent une jalousie malsaine,
Dans la banlieue délaissée, on bâtit notre propre domaine.
La capitale ne courtise que les millionnaires,
Soirées VIP, mannequins accrochés aux vendeurs de rêves.
La criminalité m’appelle sans cesse, jour et nuit,
Une haine viscérale, dédicace aux frères de Villiers-le-Bel.
Une prod’ au ton lourd, mes gars assurent mes arrières,
Dans l’78, chercher les embrouilles mène droit au cimetière.
C’est parce qu’on a vraiment, mais vraiment plus rien à foutre,
L’argent domine le monde, c’est lui le véritable boss.
Parfois la prison nous accueille, parfois la rue nous porte en croix.
Rien à gagner, rien à foutre,
Quand tu nais là où j’ai vu le jour,
Mentalité rien à foutre,
Même à bicrave dans toute la tour.